Centre interinstitutionnel

de recherche en écotoxicologie

C  I  R  É

 

Effets de la consommation de poissons contaminés
sur la santé des organismes fauniques et la santé humaine

 Responsable : Michel Fournier, INRS-Institut Armand-Frappier
 L'ère industrielle s'est traduite par une augmentation phénoménale de la quantité et de la diversité des rejets dans l'environnement de produits chimiques résultants des activités humaines.
La présence de ces substances peut constituer une menace sérieuse pour la santé humaine et pour celle de la faune, et par extension, des écosystèmes.
En effet, un consensus général se dégage parmi les intervenants en santé environnementale: l'exposition à certains composés chimiques introduits par l'humain dans l'environnement peut affecter les systèmes endocrinien, reproducteur, nerveux et immunitaire des individus, et peut provoquer des effets néfastes quantifiables aux niveaux des populations humaines et des écosystèmes.
Chez l’humain, l’exposition aux contaminants de l’environnement serait responsable d’altération du développement fœtal, d’effets neurologiques et d’une diminution du QI, ainsi que de déficiences du système immunitaire.
Des études épidémiologiques ont mis l’accent sur les dangers d’une exposition suite à la consommation de poissons contaminés. L'exposition aux substances toxiques pourrait également être responsable du déclin d'un certain nombre de populations fauniques telles que les bélugas du Saint-Laurent ainsi que certaines espèces de poissons et d'oiseaux des Grands Lacs.
Des effets marqués sur les systèmes endocrinien et reproducteur des alligators en Floride ont également pu être mis en relation avec l’exposition aux contaminants de l’environnement. Il apparaît donc que tant les poissons, les reptiles, les oiseaux et les mammifères incluant l'humain soient affectés.

Cependant, la mise en évidence des effets de la contamination de la chaîne alimentaire sur la santé des prédateurs y compris l’homme, se heurte à la complexité des processus impliqués : complexité chimiques des mélanges en présence et des interactions entre les divers composé, complexité des chaînes trophiques et des processus de bio-transformation, complexité des systèmes biologiques affectés, influence des paramètres physico-chimiques mais également biologiques (âge, cycle sexuel, etc.).
Les modèles expérimentaux, s’ils permettent une certaine simplification de cette complexité s’éloignent par définition de la situation en milieu naturel.
Une approche multidisciplinaire faisant intervenir l’analyse chimique, la mise en place de modèles expérimentaux cohérents et des études sur le terrain qui ciblent tant les populations fauniques que les humains est donc nécessaire afin de couvrir l’ensemble de la problématique.
Un programme d’une telle envergure ne peut être envisagé qu’au sein d’une collaboration étroite entre réseaux de recherche tel que le CIRÉ et le Réseau de Recherche en Santé Environnementale.
Le CIRÉ dispose des scientifiques et des techniques à même de mesurer des niveaux des contaminants dans les maillons de la chaîne trophique et de mettre en évidence les effets sur les systèmes majeurs que sont le système immunitaire, nerveux, endocrinien et reproducteur.
Ce nouveau programme de recherche mettra l’accent sur les contaminants particulièrement préoccupants que sont le mercure, les BPCs et certains pesticides parmi les plus couramment utilisés.
La structure du CIRÉ permettra la mise en place d’expériences d’expositions expérimentales via des diètes contaminées ainsi que des études de terrain. Le volet expérimental mettra tout particulièrement l’accent sur les effets des expositions périnatales. Les travaux de plusieurs équipes du CIRÉ ont d’ores et déjà contribué à mettre en évidence les effets toxiques d’expositions périnatales aux métaux lourds, notamment au cadmium, au tributylétain et récemment au mercure.
Dans ces études, du poisson contaminé est inclus dans la nourriture des rongeurs en gestation et/ou en lactation.
Les effets toxiques d’une exposition aux doses environnementales sont alors mesurés sur la progéniture.

Les poissons contaminés sont représentatifs de ceux consommés par les populations riveraines du Saint-Laurent, des Innus de la Côte Nord ou des Inuits du Nunavut.
Le suivi de ces populations par des équipes d’épidémiologistes permettra la mise en relation entre les effets observés dans le cadre du modèle expérimental et la réalité sur le terrain.

Publications 

Ruby, S., Tavera Mendoza, L., Brousseau, P., Dégas, V., Fournier, M. 2003. Reproductive system impairments in mice fed on diets containing beluga whale blubber from the St. Lawrence Estuary and the Arctic populations. Journal of Toxicology  and Environmental Health, 66: 1073-85.
 Aravindakshan, J.P., Gregory, M., Marcogliese, D., Fournier, M., Cyr, D.G. 2004.  Consumption of xenoestrogen-contaminated fish during lactation alters adult male reproductive function.Toxicological Sciences 81(1):179-89.